art contemporain

Mardi 9 juin 2 09 /06 /Juin 13:01

Un jour, je suis tombée amoureuse de Sophie Calle. Un jour, j'ai connu toute sa vie, ou presque. Un jour je lui ai demandé « C'est vrai ce mensonge ? » et j'ai accepté de croire en bloc, que sa vie était de l'art.

La rétrospective que propose Bozar (Bruxelles), du 27 mai au 13 septembre 2009, permet à Sophie Calle de s'exposer, une fois de plus. Elle ne parle que d'elle-même, celle-là. Au fil des vingt projets thématiques, commentés par Frédéric Mitterand, un de ses proches, nous remontons le fil du temps, le fil d'un temps callien où la douleur, la banalité, la joie plus rarement, tissent leur trame.

Dès l'entrée, le ton est donné : le nom « Sophie Calle », encadré en perspective par les portes d'entrée de l'exposition, nous démontre que le sujet sera unique. La visite guidée de la vie de Sophie commence avec la mère, ou plutôt, la mort de la mère. Sur les murs, le mot « Souci », dernier mot prononcé par sa mère sur son lit de mort, au bout de la phrase « Ne vous faites pas de souci » est  répété en écho sur les murs, dans des tonalités plus ou moins sombres. La double négation, lexicale et grammaticale, ne les a pas sauvés. Une pierre tombale horizontale, Mother, photographiée, encadrée au sol, comme une tombe véritable, nous permet de nous pencher sur cette sépulture virtuelle et universelle. Sophie Calle veut que nous touchions la mort du doigt : ainsi de la vidéo, Pas pu saisir la mort, projetée dans un couloir sombre comme dans un ventre de mère, où on regarde en voyeur empathique, la mort de la mère. Cette image immobile, statique, se fait d'abord passer pour une diapositive projetée. Lorsque l'écran s'anime, et que Sophie Calle vient tapoter les joues et prendre le pouls maternel, on accepte, incrédules, d'assister au temps impalpable de la mort.

Les légendes minimalistes, souvent hors de portée, annoncent aux visiteurs que l'histoire est sous leurs yeux, dans cette œuvre narrative, qui associe le texte et l'image, puissamment chargés, denses, lourds. La compréhension à la portée personnelle de chacun. La vraie légende, ce sont les plaques de cuivre que le visiteur foule, et où sont inscrites les années de production des œuvres. La scénographie nous fait remonter le temps, traverser la mémoire, pour ouvrir la porte et tomber dans le trou du lapin blanc. Remonter le temps, c'est aussi refuser que le passé marque sa patte, c'est aussi laisser les visiteurs découvrir les œuvres de l'artiste, en laissant de côté le temps, l'influence, l'accumulation.
Je m'explique : Sophie Calle est une artiste post-moderniste, elle vit de citation et d'appropriation, pourvu que l'émotion soit là. Ceci pose la question du remake en art, telle que la pose Vingt ans après, la filature organisée par Emmanuel Perrotin en 2001, à la date anniversaire de la première filature, organisée par la mère de Sophie Calle (encore elles !), à la demande de l'artiste, en 1981. Sophie Calle avait déjà suivi des gens en 1979, dans sa Suite Vénitienne. Refaire une filature, est-ce mesurer le chemin parcouru ? Peut-on reproduire le même geste artistique en modifiant le parcours, en réattribuant les rôles ?  Le monde de Sophie Calle est-il un théâtre, où homme et femmes, nous sommes les acteurs ? La vie est-elle destinée à revenir éternellement sur elle-même, avec juste un léger changement d'optique, des destinataire et de destinateur ?
Cette tentative d'attraction d'Emmanuel Perrotin, envers une artiste récalcitrante à rejoindre ses rangs, interroge la séduction, au cœur de l'œuvre de Sophie Calle, et crée une bascule fragile entre l'offre et le don : Sophie Calle peut-elle refuser ce qu'on lui demande ? Peut-elle refuser d'envoyer son lit à un jeune homme désespéré qui lui demande d'y dormir, tout comme des inconnus nommés entre autre Lucchini en 1979 ? On pénètre en Sophie Calle comme en une communion charnelle. En 1979, Sophie demande à des inconnus de venir dormir dans son lit, abolissant la frontière entre l'intime et le public, faisant de sa couche un espace collectif et commun. Cela donne Les dormeurs. 20 ans plus tard, de nouveau, un jeune homme lui demande l'autorisation de dormir dans son lit. Sophie Calle ne souhaite pas renouveler l'expérience. Elle va donc inverser la tendance et envoyer son lit... en Californie. Le meuble trône fièrement au milieu de l'exposition, empaqueté, tout rempli de cette chaste expérience corporelle.

Sophie Calle connaît l'aberration de la douleur, le thème de la médecine qui revient dans son œuvre comme un leitmotiv, comme une possible guérison à la douleur vitale. Douleur exquise : terme médical qui désigne une douleur violente, localisée, et ponctuelle. Comme celle que Sophie Calle vit, en 1984, à l'occasion d'une rupture amoureuse. La douleur épuisante qu'elle épuise en demandant aux gens « Quand avez-vous le plus souffert ? », pratiquant ainsi cet échange d'histoires, usitée par les conteurs du monde entier. Les histoires sont brodées, sur tissu sombre dans le cas de Sophie, sur tissu blanc pour les histoires des « autres ». Le fil narratif tisse sa toile dans la trame, passe et repasse, s'incruste dans le tissu vital : c'est Douleur exquise : avant la douleur ; l'artiste part de ce jour de rupture, dans tous les sens du terme, et produit un accrochage où chaque document, lettre, facture, photo, est estampillé d'un compte à rebours implacable : J-1, J-2... Cette démarche poignante rend compte paradoxalement de l'inéluctable. Tout comme la pièce Anatoli, une longue lettre d'amour que l'artiste écrit dans le transsibérien, à l'homme qui va lui faire si mal. Devant cette lettre, une table, une chaise, et un fatras de photos comme autant de documents d'archives.

Avant la douleur, en 1983, elle trouve un carnet d'adresses, et au lieu de le rendre à son propriétaire, demande à tous les contacts d'établir un portrait du propriétaire. Le résultat paraît sous forme de romans feuilletons dans Libération, en anglais. Sophie nous raconte des histoires. Dans une salle à part, Sophie Calle nous narre, avec No sex Last night, le road movie qu'elle réalise avec un amour finissant, une création artistique liée à une histoire expirante. Elle aime tellement les histoires qu'elle demande à ce que Paul Auster lui en écrive une. Le conteur refuse, mais par contre, dans Gotham Handbook, (1994) lui envoie des consignes précises lors de son séjour à New York pour qu'elle embellisse la ville. Elle doit donner et recevoir un nombre précis de sourires, s'approprier un espace dans la ville (ici, une cabine téléphonique).
L'exposition se termine sur l'adolescence de Sophie Calle, rêvée ou non. Les plaques chronologiques sont à présent vissées à même les marches de l'escalier de manière à ce que les visiteurs soient obligées de parachever cette traversée du temps en enjambant les années. Premières expériences, horrifique ou anodines, les petits chats sont morts, le chirurgien esthétique aussi, au jeu de celui qui reste, Sophie Calle tire sa carte du jeu. 

Alors où va Sophie Calle, maintenant ? Dans ses derniers travaux, elle prolonge la question de la décision, du libre arbitre, qu'elle a déjà explorée avec Paul Auster. En se remettant entre les mains d'une médium (Maud Kirsten) l'artiste poursuit ce « laisser-aller » dans la décision, remettant le récit de sa vie entre les mains d'autres. C'est ainsi que dans Pôle Nord, elle suit ses conseils pour aller enterrer les bijoux de sa mère au sein de cette étendue glacée. Dernièrement, elle errait du côté de Berck et de Lourdes, attendant qu'on lui dise quelle histoire raconter. Aux dernières nouvelles, Sophie Calle continue à nous en conter. 

[Visuels: en bas, Sophie Calle, Douleur exquise: après la douleur]


Par Miss Cinnamon - Publié dans : art contemporain
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Vendredi 5 juin 5 05 /06 /Juin 12:52

Le centre Wiels, centre d'art proche de Bruxelles, accueille jusqu'au 2 août 2009 une exposition-événement regroupant vingt nouvelles toiles de Luc Tuysmans, peintre visionnaire. Avec cette nouvelle série, « Against the day », il scrute la réalité virtuelle avec l'œil froid d'un chirurgien de la peinture. C'est la première exposition personnelle à Bruxelles de cet artiste déjà reconnu à l'étranger.


Luc Tuymans est un tueur en série, fan d'« authentique falsification ». Il peint en rafale, rapidement, par saccade.
Après avoir illustré l'Holocauste et Hitler, puis s'être penché sur le cancer, il nous livre le dernier volet de son tryptique consacré à l'utopie, dont la première partie évoquait le pouvoir religieux des Jésuites (« les Revenants ») et la deuxième partie le phénomène Disney (« Forever »).
Au travers de ses vingt nouvelles toiles, le peintre réinvente la paranoïa que Pynchon, qu'il considère comme l'inventeur de cette maladie mentale en littérature américaine, développe dans son livre, également appelé « Against the day ».

L'artiste utilise comme matière première la récupération. Partant du postulat que tout est réel, il utilise même son Iphone comme source d'images documentaires.  Sur 800 documents, d'origines diverses et variées, Luc Tuymans en a sélectionné 20 qu'il a reproduit sur toile, à un rythme stakhanovien : le choix et  la conception des toiles s'est fait sur sur 3 mois, à raison d'une par jour. La scénographie de l'exposition est minimaliste, choisie par l'artiste pour « voir le bâtiment entre les œuvres » ; ton sur ton, gris sur gris, un tableau par mur, un blanc cassé qui se démarque faiblement.  L'artiste a également organisé une projection lumineuse dans l'important volume qu'occupait l'ancien silo.

La question de la mise en scène dans la toile pose celle de la frontière dans la téléréalité. Où se cache la vérité ? La peinture, fausse fenêtre sur le monde, peut-elle représenter la téléréalité, fausse réalité de la télé ? En adoptant un point de vue cinématographique - qu'il a hérité de son passé de réalisateur -  Tuymans déréalise le réel, et réalise le virtuel. Son œil, parallèle à la production audiovisuelle, fixe les détails, cloue les éléments les plus infimes sous l'objectif perçant de la caméra. Avec ce cône de lumière, Luc Tuymans éclaire l'intimité banale des émissions. C'est l'évacuation, lente mais irrémédiable, de l'utopie : désormais tout lieu est appelé à devenir quelconque. Le peintre sacralise l'anonymisation de la peinture et de l'homme en fixant son focus au premier plan, et  en laissant l'arrière plan, le sujet principal, dans le flou : « L'essentiel n'est pas finalement de connaître l'identité de l'homme, ni ce qu'il pouvait ressentir ». Tuymans n'hésite pas à utiliser le très gros plan, comme dans Reflections, où il réfléchit sur l'altérité, qu'une paire de lunettes, objet insignifiant, imprime sur le corps, la personne, la personnalité, et l'image véhiculée. Les lunettes, images miroirs où le peintre se voit et voit le monde qui l'entoure.

Dans certaines toiles (Hair, CCVT), l'artiste décuple le malaise en utilisant un cadrage propre à la vidéosurveillance, en faisant des personnages de simples objets d'observation clinique dans un laboratoire inquiétant. Attention, on vous regarde, sans que vous puissiez regarder. Le corps est très présent (Tits, Neck). Grossir l'image, aller au plus près du corps, est-ce appréhender un nouvelle vérité ? Là encore Luc Tuymans démontre la vacuité de toute tentative d'approche. Entre la réalité et la fiction, une caméra s'interpose, enlève les odeurs, le goût, épargne à peine un regarde intrusif et froid.

Où se braque la caméra ? Où la pose-t-on ? Sniper, l'œil du réalisateur, l'œil du tueur, imprime sa menace ronde sur le monde. Dans une ambiance fantomatique, Luc Tuymans travaille sur le rond, le trou, cette surface plane et artificielle qui nous attire dans sa facticité. La réalité de la téléréalité vs la virtualité de la toile, on se penche pour tomber dans rien, dans un espace hermétique, où  l'artiste nous invite du bout du lèvre, comme si rester sur le pas de la toile nous aidait à mieux réfléchir. Le chantier, lieu d'excavations ultime, devient un carrefour entre l'avenir et passé, une interrogation entre déconstruction et reconstruction. Ici le fond rejoint la forme : Sa technique extrêmement traditionnelle, le glacis, permet de superposer les couches de peinture à l'huile, sans attendre le séchage, afin d'obtenir un effet de fragmentation dans son ensemble. 

L'exposition se termine sur Sundown, à l'origine un coucher de soleil mal numérisé, qui a permis à l'artiste d'utiliser les défauts de la prise dans le cadre de sa création. Un banc est installé pour méditer sur l'image, s'en imprégner : coucher de soleil, lever de soleil, explosion nucléaire, le début, la fin ? La vérité est dans l'œil de celui qui regarde.


[Visuels : en haut, Luc Tuymans, Big Brother, 2008 courtesy Zeno X Gallery, Antwerpen & David Zwirner Gallery, Nyc. En bas : Luc Tuymans, Against The Day 2, 2008. Courtesy : David Zwirner, New York and Zeno X Gallery Antwerp]
Par Miss Cinnamon - Publié dans : art contemporain
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Mercredi 13 mai 3 13 /05 /Mai 11:03

Jusqu'au 20 mai 2009, le salon de Montrouge donne la parole à la jeune génération montante de l'art contemporain français. Les propos sont multiples, les moyens d'expressions oscillent entre peinture, sculpture, installation, vidéo, photo, le tout dans un foisonnement créatif haut en couleur.


Les influences sont palpables mais l'indépendance du langage est bien présente. Les futurs chefs d'œuvres de l'art sont là. Certains d'entre-eux se sont exprimés pour nous. Petit florilège de ce qui se fera dans le monde de l'art contemporain.

Je déambule au cœur du Salon de Montrouge. Au sein du Pavillon Arson, je tombe en arrêt sur une chaise étrange, percée, plantée devant un écran, et reliée à un cube transparent où s'allume une lampe lorsque l'on s'assied. J'ai demandé à son concepteur, ou plutôt à ses concepteurs, de m'en dire un peu plus.

Loïc Pantaly :  Je suis étudiant à la Villa Arson et je fais partie en même temps de la Fondation de l'Ordre du Surveritisme, avec Basilio Andric, et Maxime le Tulzo. Nous travaillons principalement sur le principe d'une gestation, d'une naissance par le processus créatif. Vous pouvez voir ici cette installation qui se nomme Principe N° 17 car il s'agit de notre 17ème projet. C'est une machine qui pourrait permettre de pondre des œufs : sur l'écran placé devant le spectateur, des images subliminales incitent l'organisme du spectateur à pondre. On comprend très vite que le processus ne peut pas marcher ; Les machines que nous fabriquons sont sans doute vouées à l'échec mais nous travaillons sur cette idée de gestation. Toutes les œuvres que nous faisons sont survéritistes, c'est notre signature. On réalise plusieurs projets accompagnés de schéma contre le mur, qui expliquent cette filiation d'idées.


Pouvez vous me présenter la Fondation de l'Ordre du Surveritisme ?

Basilio Andric : C'est un mouvement créé en 2003, dont le Manifeste est affiché sur ce mur. L'initiative est venue de Loïc Pantaly, le Patriarche, Maxime Le Tulzo, le Théoricien, et moi même, qui suis le Fondateur. Cela a commencé à Marseille, à l'école des Beaux-Arts. Nous avons chacun une démarche personnelle, avec une corrélation qui nous lie. Petit à petit d'autres ont intégré le groupe : il y a deux artistes urvéritistes qui s'appellent Éric Magarian et Gaston Diridollou ; et aussi le Médiateur et Conseiller en survéritisme, qui s'appelle Simon Balleyguier. 
Chacun est libre de sa démarche, le survéritisme est vraiment un prétexte à la création. Chacun a un parcours différent, et tous les média sont représentés : je suis graphiste de formation, mais je travaille aussi sur la photo, le volume, et j'ai également un travail littéraire d'accroche, dans la rédaction de slogans percutants et provocateurs. Maxime le Tulzo est plus dans la performance, tout comme Simon Balleyguier qui travaille sur la danse, le théâtre, la situation corporelle. Loïc, lui,    est vraiment dans le volume, la vidéo et l'installation, l'aménagement de l'espace.

LP : On critique éga lement beaucoup l'individualisme. On s'est dit, pourquoi ne pas travailler sur ce genre d'individualités ?

BA : Oui, pourquoi ne pas rejoindre les anciens groupes comme le surréalisme, par la doctrine, par la rédaction d'un manifeste et la terminaison en -isme ? Avoir un regard un peu critique, être dans la dérision par rapport à l'histoire de l'art, par rapport à ce qu'est l'art contemporain aujourd'hui, c'est-à-dire quelque chose de très formel.


Pourquoi s'attribuer des fonctions au sein de l'Ordre ?

LP : Cette démarche a été décidée par rapport à la notion de peuple. Le mot « survéritisme » est assez doctrinaire.

BA : oui, assez institutionnel. Nous sommes dans une époque de marques, donc c'est un jeu d'avoir une étiquette, une marque sérieuse et doctrinaire, alors qu'en réalité notre démarche est très libre. C'est une démarche absurde, avoir une attitude sérieuse pour pouvoir mieux « être con ».


Comment s'est passé l'aménagement du Pavillon Arson ?

LP : C'est Arnaud Labelle-Rojoux qui a sélectionné librement 15 artistes de 5ème année, pour ce salon. Nous voulions que tous les étudiants de 5ème année soient représentés, ça n'a pas été possible malheureusement.


Pourquoi avoir choisi le projet N°17 ?


LP : Je voulais quelque chose qui soit plus en retrait par rapport au côté formel de la Villa Arson, laquelle j'essaye plus ou moins de m'adapter. Je voulais vraiment un endroit où les gens soient en intimité devant la machine. On va mettre un petit panneau pour que les gens n'aient pas peur de s'asseoir !


Je reprends ma sainte pérégrination, les yeux hors de ma poche. Des œuvres ludiques, décalées, attirent mon attention : celles de Théo Mercier ; notamment Écouter de la merde, une installation ou une crotte en plastique tourne sur une platine, ou encore les ready-made spirituels de Eve Servent, notamment un crucifix reconverti en Lance-pierre. L'esprit dérisoire qui se dégage de sa création invite tout à la fois à sourire et à désespérer. Ainsi des peintures de Jiayi Song, qui inspirent effroi et frisson, stupeur et tremblement : on se surprend à contempler, respectueux, ces images monumentales de têtes d'animaux jaillissant de costumes traditionnels asiatiques.


Cependant, si une œuvre peut impressionner tout particulièrement, c'est bien celle de Fabrice Parizy, 7 collines. Installée discrètement dans un coin, presque oubliée, elle combat l'abandon et la solitude par sa monumentalité horizontale. On croit voir un paysage lunaire réalisée en bûchettes, avec des reliefs, des creux, des bosses mystérieuses. Ce paysage aride est presque une réponse à une autre œuvre, renversante cette fois dans sa verticalité : The small illusions, de Boris Chouvellon, composée de trophées sportifs que l'artiste a collé les uns aux autres afin de constituer une série de pilastres/ étais scintillants et pourtant dérisoires, reflets de leur propre vanité.


Laurent Parizy, pouvez-vous me parler de 7 collines ?


L'œuvre a été réalisée pour la Biennale internationale de Design de St-Étienne, dans le cadre du off. C'est un paysage de la ville, où j'habite encore maintenant, travaillé selon le relevé topographique. L'œuvre est composée de plaques de 6mm en médium (bois et résine), assez solides mais fines, assemblées, manchonnées les unes dans les autres. Mon travail se conçoit comme une activité in situ : souvent je réalise une pièce en fonction d'un lieu ou d'une situation. J'ai réalisé récemment une pièce au château de Kerpaul (en Bretagne) où j'ai réalisé des extrusions sur le carrelage d'entrée, un damier noir et blanc, comme si on avait déformé tout le sol. Ma création s'inscrit très souvent dans un lieu, auquel ma pièce fait écho. Je travaille souvent  le volume, l'installation, le relief.


Quel est le destin de vos pièces ? Sont-elles toutes vouées à disparaître ?

Elles disparaissent presque systématiquement. 7 collines est une de mes premières pièces qui se déplace autant. Cela ne me pose pas de problème, tant que l'œuvre ne dépend pas trop de son contexte, ici la pièce est un peu plus autonome. Même si il s'agit de St-Étienne et de ses sept collines, fondamentalement cela reste un paysage. Je n'aurais pas pu déplacer le carrelage du château de Kerpaul, il n'aurait eu aucun écho avec ce lieu.


Quels sont vos projets après Montrouge ?


Je suis souvent en mouvement : mon cursus de beau-arts est  assez compliqué, j'ai fait trois ans de Beaux-arts avec un diplôme de peinture à Reims, puis j'ai fait une quatrième année à St-Étienne. Enfin j'ai fini en recommençant trois ans de Beaux-Arts à Paris en 2004 ! Je dois participer à la Biennale de l'estuaire à Nantes, et je prépare également quelques autres projets, pas encore très bien définis. J'ai assez peu de travail d'atelier, mais par contre beaucoup de croquis, de dessins, d'idées que je mets sur papier. Souvent ce sont des gens qui ont vu mes expositions qui m'invitent en un lieu, et qui provoquent de nouvelles pièces chez moi. Je me déplace avec mes outils, et je travaille là-bas 15 jours, un mois... La résidence d'artiste est une évidence pour moi.

[Visuels : Eve Servent, Lance-pierre, Boris Chouvellon, The Small illusions, Jiayi Song devant sa toile The War, travail de Laurent Parizy au château de Kerpaul]


> 54ème Salon d'art contemporain de Montrouge : Stéphane Corréard et Arnaud Labelle-Rojoux


Par Miss Cinnamon - Publié dans : art contemporain
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